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Archive for novembre 2007

Calligraphies imparfaites

Un peu remuée ce soir par des propos sur le bonheur lus aujourd’hui sur le blog de Grande Dame. Les commentaires des lecteurs m’ont rappelé cette belle citation d’Angélus Silesius : « La rose est sans pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit ».
J’ai pris la plume (en fait, l’automatic pen) et fait en 30 secondes une calligraphie express – pas de lignes, pas de balises, je ne me suis pas appliquée du tout. Techniquement, le résultat est lamentable. Les erreurs ne se comptent plus. Ça va me prendre du courage pour poster ça, mais bon, c’est comme ça que ça a « fleuri », imparfait ― c’est ainsi que je le voulais.

(cliquez pour visionner en grand format)

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Je disais hier à Femme libre combien ses billets sur le yoga me donnaient le goût de me mettre à l’école d’une discipline qui m’obligerait à la méditation et qui m’enseignerait la persévérance et la rigueur. Comme je ne suis pas souple pour deux sous, le yoga n’est vraiment pas pour moi. Je pensais alors plutôt au T’aï chi ou à quelque chose du genre.

Quelques minutes après envoyé mon message, j’ai réalisé que j’avais peut-être déjà un peu de tout cela avec la calligraphie.

Les calligraphes contemporains qui décrivent la pratique de la discipline comme ils décriraient une technique de méditation sont légion. Ils aiment filer la métaphore du vide et du plein. L’alternance des formes et contre-formes s’y fait méditation sur le yin et le yang, l’équilibrage des pleins et des déliés se transmue en une subtile métaphysique des contraires. Leurs textes pullulent d’allusions au Tao.

J’ai longtemps trouvé cela assez charrié et mis ça sous le compte de l’excentricité, voire d’une certaine complaisance. Mais depuis un an ou deux, je dois admettre qu’il me semble y avoir quelque chose de vrai dans tout cela; ou du moins, que cela rejoint ma propre pratique de la calligraphie. Peut-être simplement parce qu’inconsciemment, j’ai subi l’influence de ces écrits. Ma fascination pour les calligraphes chinois aurait fait le reste.

Ce que je travaille est moins la perfection de la forme que l’expressivité du trait. Travailler le trait, c’est d’abord éduquer et discipliner le geste pour ensuite pouvoir laisser parler (chanter?) la main. Cela suppose une attention complète au geste accompli, une souplesse, une intelligence, une culture de la main qui s’acquièrent à force de millions de a, de b et de c tracés sans relâche, jour après jour.

J’ai lu Passagère du silence, ce beau livre de Fabienne Verdier, à une époque de ma vie où j’étais toujours débordée et à bout de souffle. L’auteur y raconte comment, jeune étudiante, elle partit seule passer près de dix ans la Chine encore très fermée des années 1980 pour y être initiée à l’art de la calligraphie chinoise. J’ai été littéralement fascinée par le récit de ses débuts dans la discipline. Son vieux maître ne lui fit tracer, pendant des mois et des mois, que des traits horizontaux, traits qui devaient exprimer tantôt le mystère du règne végétal, tantôt la force de l’os.

Le T’aï chi me serait certainement très profitable. Après tout, je ne suis pas qu’une main ou qu’un bras qui trace des signes sur le papier. Mais j’ai l’impression que la calligraphie m’a déjà un petit peu appris de ce que le T’aï chi peut m’offrir.

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En français par dessus le marché!!!

(c’est un grand calligraphe)

Il fait une démontration de ce qu’on peut faire avec un cola pen (tire-ligne maison fabriqué à partir d’un morceau de cannette de coca-cola replié puis scotché sur une tige de bois)

http://www.youtube.com/watch?v=ZzRmr8hcSxo

http://www.youtube.com/watch?v=f_QfpJS8MFs

http://www.youtube.com/watch?v=sS0jD3Dc4T0


http://www.youtube.com/watch?v=m2HajImJaMI

http://www.youtube.com/watch?v=JBfV2BccC1Q

Je donne le lien vers son site.

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La Révélation, je l’ai vécue à huit ans, le jour où j’ai reçu mon premier stylo plume. C’était un Shaeffer pour étudiant rouge dans lequel j’insérais des cartouches d’encre « bleu royal » ou « bleu paon » en évitant le triste et terne « bleu noir ». Quelle découverte c’était de sentir la plume métallique gratter, ou plutôt caresser le papier, l’encre s’en écouler, belle et humide, d’avoir ce parfait contrôle de la main qui trace le trait, du geste qui étire la minuscule flaque d’encre. Ces petites et grandes joies, le stylo bille ne peut les procurer.

Jubilation, jubilation, c’était l’extase! Écrire dans l’humide est un délice (un vice!) que trop peu d’enfants ont la chance de découvrir. Devant mon enthousiasme, ma mère n’a pas résisté et m’a offert un beau Parker 51 de la petite collection de mon père. J’entrais dans les ligues majeures, j’étais aux anges. C’était un stylo parfaitement calibré. Je me le suis fait voler en moins d’un mois, mais depuis, la passion de l’encre ne m’a plus quittée.

Confession d’adepte : j’ai d’abord aimé fanatiquement, presque comme des fétiches, les stylos plumes : les Waterman, les Pelikan, les Parker (les marques que je peux me payer), et puis ces petits bijoux de prestige qu’on admire de loin en rêvant de les essayer, mais en sachant qu’on ne se permettra jamais si folle dépense, même si on en avait un jour les moyens – ça me semblerait carrément immoral.

Il m’a fallu attendre presque trente ans pour que la grâce me touche à nouveau. Il y a quatre ans, l’Esprit-Saint descendit encore sur moi seconde Révélation qui fut celle de la calligraphie. Je raconterai dans un autre billet les satisfactions que j’ai pu y trouver, mais qu’il suffise pour l’instant de dire que ce fut l’occasion de redécouvrir les plaisirs de l’encre avec plus d’intensité que jamais. Plaisirs indescriptibles de la plume métallique, pointue ou en biseau, qu’on insère au bout d’un simple porte-plume de bois et qui devient au stylo plume ce que celui-ci est au stylo bille! Plaisir de la plume d’oie que je ne parviens pas encore toujours à bien tailler, mais qui est à la plume métallique ce que celle-ci est au stylographe; plaisir du calame qu’on taille soi-même, qui se manie tout en légèreté et dont les possibilités sont quasiment infinies; plaisir du pinceau chinois dont la pointe nerveuse, toute gorgée d’une belle encore noire, rendra des traits d’une expressivité sans pareille j’aime tous les instruments d’écriture. Chacun me procure une jouissance propre, rend possibles de nouveaux mode d’expression.

Mais ces instruments ne seraient rien sans l’encre qui les fait vivre. Il faut au moins une fois avoir humé l’odeur de l’encre de Chine qu’on délaie en frottant le bâton sur la pierre d’encre, avoir plongé le regard dans ce noir profond et riche! Mais il faut aussi découvrir les plaisirs de l’encre ferro-gallique, l’encre des moines copistes, parfaitement adapté à cet la plume d’oie, de l’aquarelle et de la gouache.

Je trouve dommage qu’on ne laisse plus les enfants se salir les doigts à l’encre des jolis encriers, qu’ils ne connaissent plus la surprise de la tache d’encre inopinée qui tombe de la plume au moment où on ne s’y attendait pas. C’est un plaisir dont je ne prive pas mes filles.

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